Répétitions des discours sur la culture scientifique et technique et effets de la catégorisation scientifique scolaire

Par Olivier Las Vergnas
Les plus récents rapports ou programmes politiques concernant les cultures scientifiques, techniques et industrielles (CSTI) en France continuent de répéter les mêmes analyses et les préconisations que celles déjà formulées régulièrement dans ce type de discours depuis plusieurs décennies. Ils ne prennent pas plus en compte que leurs prédécesseurs le fait que le système d’enseignement secondaire français crée avec le Bac S une catégorisation déterminante pour tous les élèves, du point de vue de la reconnaissance comme « scientifiques » ou non. Sachant que ce diplôme clef réserve chaque année le titre de « scientifique » à un seul quart de chaque génération, le champ des actions de la CSTI pour adultes devrait alors s’analyser en séparant deux groupes aux objectifs divergents : l’un ne remettant pas en cause les effets a posteriori de cette catégorisation mais les confirmant, l’autre favorisant a contrario l’appropriation de savoirs et de méthodes qui transgressent ce clivage scolaire. Or il n’en est rien et le champ de la CSTI continue de n’être qu’un agglomérat d’actions aux objectifs sociaux disparates. Plus encore, la multiplication de jeux d’acteurs focalisés sur des objectifs et des enjeux très spécifiques – liés en particulier à l’idée de développer localement des réseaux d’innovations technologiques – rend plus que jamais difficile le repérage des effets socio-culturels néfastes en France résultant de cette trop forte sélection par le Bac S. De fait, ceux-ci perdurent et la catégorisation scientifique scolaire demeure un invariant macrosocial inhibant le partage de l’esprit d’investigation et d’innovation technoscientifique.
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