L'impact des critères de sélection des programmes de financement sur les pratiques scientifiques

Par Aurélie Tricoire
Cet article montre comment l’attribution compétitive des ressources dans le secteur de la recherche accentue la différenciation qualitative entre les équipes, au niveau de la solidité expérimentale des résultats produits, de la qualité de la formation du personnel et de la visibilité au sein d’une communauté disciplinaire. La mise en concurrence affecte aussi bien les individus, les collectifs que les projets, influençant les carrières, les réseaux et les contenus scientifiques. Percer les secrets du système compétitif d’allocation des ressources constitue un enjeu important pour un chercheur mais cela nécessite d’y consacrer du temps. En effet, il faut, d’une part, connaître aussi précisément que possible les processus d’évaluation, et, d’autre part, s’inscrire dans une logique de guichets multiples qui permet aux porteurs de projet de diversifier leurs chances d’être financés en développant un portefeuille de projets. Cette double assurance – affinement du contenu du projet et multiplication des demandes – répond à la forte incertitude qui demeure quant à l’accueil qui sera réservé à chacune des demandes formulées et qui dépend de la qualité relative des projets concurrents reçus par un même financeur. Ces nécessités de plus en plus pesantes réorganisent jusque dans ses activités quotidiennes le métier de chercheur. Le fonctionnement des équipes est modifié, dans le sens du renforcement de la division du travail ; les contenus scientifiques sont réorientés afin de les adapter aux préoccupations des bailleurs de fonds ; les réseaux scientifiques sont mobilisés afin de répondre aux critères de sélection. L’existence d’un lien entre modes d’attribution des financements et pratiques professionnelles quotidiennes des chercheurs nous amène donc à réinterroger la définition du terme de pratiques scientifiques.
Codes JEL : O22, O31, O32, O39
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