Les inventions, la science et la guerre : la place du secret

Par Blandine Laperche
Appliqué au domaine militaire, l’adage selon lequel le savoir renforce le pouvoir dépend de la capacité dudit pouvoir à s’approprier et donc à protéger le savoir scientifique et technique. Les droits de propriété industriels (du fait de la divulgation du contenu de l’invention qu’ils imposent) sont peu adaptés aux normes de la recherche militaire et c’est donc le secret qui, très tôt dans l’histoire, a joué ce rôle de médiateur des relations entre la science et la guerre. Le XXème a marqué l’insertion dans la loi de la notion de secret de la défense, et la mise au secret de nombreuses inventions. Au cours de la guerre froide, le cloisonnement des secteurs de la défense et du civil faisait craindre ou expliquait les mauvaises performances en termes de compétitivité des économies nationales. Cependant, le rapprochement actuel du secteur civil de l’économie et du secteur militaire est un moyen d’étendre le secret de la défense au-délà du secteur militaire pour englober toute la recherche nationale, qui comme l’expliquait J.D. Bernal en 1936, est potentiellement une « recherche de guerre ». Associée à l’introduction des règles de fonctionnement et de gestion marchandes dans la recherche nationale, cette place croissante du secret peut être à l’origine d’un ralentissement du rythme du progrès technique et d’une mauvaise allocation des ressources
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